Comment nos espaces de travail et de bureaux ont-ils évolué ?

12/07/2022

  • 7 min
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L’aménagement des espaces de travail, spécialement des bureaux, répond à de nombreux enjeux. A travers les années, cet aménagement semble toujours lié à une période économique et sociale, aux normes de management et de discours au sein des entreprises. D’ailleurs, cette approche démontre qu’à une époque, le bien-être des collaborateurs n’était pas une priorité pour les entreprises contrairement à aujourd’hui. Quelles ont été les différentes approches sociologiques liées à l’organisation des bureaux ? Comment les notions de confort et de santé ont pris de l’ampleur dans la gestion de ces espaces de travail ? CYRISEA vous explique ces évolutions.

Du bureau cloisonné aux espaces partagés

La réflexion autour de la gestion des espaces de travail a commencé dans le monde industriel. Pour la première fois, la question de l’organisation de l’espace de travail s’est posée en fonction des métiers et des usages des salariés.

  • 1900 : le taylorisme aussi dans les bureaux

La fin du XIXe siècle est marquée par la création des premiers bureaux venant ainsi diviser les services de production et les pôles administratifs.

Un concept d’organisation scientifique très connu fait alors son apparition : le taylorisme. Développé par Frederick Winslow Taylor, ingénieur américain, ce concept donne notamment naissance au travail à la chaîne initié dans l’industrie automobile mais élargi à l’ensemble des secteurs industriels.

Cette organisation concerne dans un premier temps les lignes de production industrielle. Toutefois, les espaces administratifs vont être aussi impactés, dès les années 20 aux Etats-Unis. Elle est marquée par la division hiérarchique du travail, la création de bureaux fermés, individuels ou collectifs, définie en fonction du degré de hiérarchie et du niveau de responsabilités des collaborateurs présents.

  • 1950-1960 : le « bureau-paysager » pour valoriser les interactions

Le principe du taylorisme s’est imposé pendant plusieurs décennies. Les périodes de guerre n’ont pas permis de faire évoluer l’organisation des espaces de travail.

Une fois ces guerres révolues, l’activité des entreprises connaît une croissance exponentielle menant à de nouvelles réflexions autour d’un modèle d’organisation des activités tertiaires. C’est ainsi que les cloisons et couloirs disparaissant pour permettre une meilleure circulation de l’information et favoriser la communication entre les différents services. Le concept est ainsi nommé « bureau-paysager », haut lieu de sociabilisation, dans un contexte où les postes des collaborateurs deviennent de plus en plus polyvalents.

Les limites de ces bureaux-paysagers apparaissent très vite : nuisances sonores, stress, difficultés de concentration, impersonnalité. Les architectes réfléchissent donc à une solution alternative en mettant en place des cloisons modulables entre chaque bureau, ne faisant pas toute la hauteur d’un mur. C’est ainsi que le concept de « cubicule » est apparu, inspiré de la méthode d’aménagement de George Nelson intitulée « panel system ». L’objectif est alors de maintenir un espace/bureau individuel dans un espace complètement ouvert. Cela permet à la fois de faire circuler et de réguler les flux d’informations et d’interactions.

  • 1970-1980 : la flexibilité avant tout

Dans les années 70, des métiers propres à l’aménagement des bureaux apparaissent : facility-manager, space-manager, office-manager. C’est également l’époque qui marque l’apparition de l’informatique et de l’ordinateur comme véritable outil de travail.
En parallèle de ces innovations, les premières revendications relatives aux conditions et à l’environnement de travail émergent. Par exemple, c’est le début de la prévention des accidents et des maladies de travail. De plus, les salariés protestent contre plusieurs aspects liés à ces grands espaces de travail : la ventilation, l’éclairage artificiel, les mobiliers répétitifs et impersonnels, etc.

Pour autant, les entreprises ne remettent pas en cause ce modèle et l’associent à la notion de flexibilité, très présente dans les discours managériaux. D’un point de vue sociologique, la flexibilité était perçue par les entreprises comme un véritable espace démocratique et d’ouverture entre collaborateurs allant jusqu’à dissoudre les niveaux hiérarchiques. Des zones complémentaires aux simples bureaux se développent telles que des « zones calmes », des bibliothèques, etc.

De plus, la flexibilité représentait un autre avantage : la structure interne des entreprises évoluant constamment, elle permet de réorganiser les bureaux de façon rapide.

 

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Quand le confort et la santé deviennent une nécessité

  • L’avènement du flex-office

Le flex-office, basé sur le principe de flexibilité, devient la norme au début des années 2000. Il permet aux entreprises de répondre à des enjeux et besoins bien distincts :

  1. Le flex-office est le reflet d’un management tourné vers l’humain. La flexibilité s’allie aux nouveaux modes de management qui promeuvent la responsabilisation des salariés, l’affectivité au travail, l’implication de soi ou encore la séparation de la vie professionnelle et personnelle. Le bureau est repensé de manière à valoriser les ressources partagées plutôt que les ressources individuelles.

Le flex-office est aussi une solution pour gérer l’immobilier qui se trouve en flux tendu de façon permanente. Ainsi, les bureaux inoccupés sont supprimés dans un contexte où le marché de l’immobilier tertiaire évolue et devient de plus en plus concurrentiel.

  • Le coworking ou l’appartenance à une communauté

Au début des années 2000, c’est aussi le déploiement du coworking valorisant l’autonomie et faisant la promotion de la liberté individuelle en rupture avec les normes traditionnelles d’organisation de travail.

Cette façon de travailler et d’organiser les espaces répond à une aspiration de la génération Y liée à la reconnaissance personnelle et au sens donné à son travail. L’idée d’appartenance à une communauté, plutôt qu’une valorisation d’un statut (hiérarchique notamment), est davantage recherchée par les collaborateurs.

Aujourd’hui, il semble primordial de donner un cadre convivial aux espaces de travail au travers notamment d’ateliers, de conférences, de déjeuners, de formations, etc.

Le bureau ou la maison : pourquoi choisir ?

  • Les salariés boudent le flex-office.

En 2005, Actinéo, observatoire de qualité au bureau, voit le jour. L’organisme travaille en étroite collaboration à le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) pour mener des études qui visent à comprendre les souhaits et attentes des salariés. Chaque année, une enquête internationale définit le rapport des salariés à leur travail dans le monde. L’objectif de cette enquête, selon Actinéo, est de décrypter les nouveaux enjeux et de partager ces informations auprès des dirigeants d’entreprise afin de nourrir leur réflexion sur le sujet. Consulter l’enquête 2021.

En 2021, l’enquête met en avant plusieurs enjeux :

  • Le flex-office ne semble plus convenir aux collaborateurs qui préfèrent à 89% disposer d’un bureau attitré. D’un point de vue sociologique, le flex-office est perçu comme une désidentification des collaborateurs dans le monde de l’entreprise voire dans notre société de manière plus générale.
  • 85% des personnes interrogées émettent le souhait de télétravailler au moins une fois par semaine depuis notamment la crise sanitaire de la Covid-19 (21% des personnes interrogées télétravaillaient au moins une fois par semaine avant la crise sanitaire contre 83% pendant la crise). La recherche d’un équilibre entre vie privée et vie professionnelle semble être la priorité des salariés.
  • L’enquête met en avant 3 fondamentaux pour les bureaux de demain :
    • pouvoir s’isoler dans des espaces adaptés pour se concentrer ;
    • encourager le travail d’équipe et la collaboration ;
    • favoriser le bien-être (hygiène, nature, espaces de repos).

Ces éléments répondent à des enjeux et attentes en matière de confort dans les bureaux.

  • Comment se sentir chez soi tout en étant au bureau ?

Aujourd’hui, l’inspiration croissante au bien-être au travail est bien là. Avec la crise de la Covid-19, la pratique du télétravail explose partout dans le monde. Les salariés apprécient de se retrouver et de travailler dans un lieu qui se rapproche des codes de leur propre foyer. Ils souhaitent se sentir au travail comme à la maison. Le concept se nomme d’ailleurs le « home working ».

C’est un enjeu que les dirigeants d’entreprise ne peuvent complètement ignorer pour inciter leurs collaborateurs à revenir dans les locaux. Sont souvent cités, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazone), qui ont été les premières entreprises à adopter (bien avant la crise sanitaire de la Covid-19) ce modèle :’espaces d’échanges, de détente, de loisirs laissant une place prépondérante à la lumière naturelle et à la nature.

Depuis la fin du XIXe siècle, les espaces de travail ont évolué. Aujourd’hui, la priorité pour les entreprises est d’assurer le confort et bien-être de ses salariés en s’adaptant à leurs besoins et attentes.